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Eloge du compromis - les critiques

La résilience du socialisme

Henri Weber théorise le quinquennat. Indispensable pour juger Hollande, en bien ou en mal.

La gauche réformiste va-t-elle disparaître ? Comme Mark Twain lisant le faire-part de son décès dans un journal, elle répondra : «L’annonce de ma mort est très prématurée.» Il est vrai qu’elle en a vu d’autres depuis un siècle : la scission du congrès de Tours, l’effondrement de 1940, le désastre moral de la guerre d’Algérie, le gaullisme triomphant (Malraux : «Entre le communisme et nous, il n’y a rien»), le désastre électoral de 1993… Et pourtant. Toujours ce Lazare social-démocrate est ressuscité, pour continuer son œuvre de réforme. Ceux qui doutent de cette résilience liront l’essai précis et alerte d’Henri Weber, acteur et analyste du socialisme français. Ils y trouveront au passage la première interprétation sensée du quinquennat de François Hollande, dont on dit tant de mal qu’on finit par perdre toute lucidité. Conciliant avec obstination socialisme et liberté, sûre que le libéralisme produit avant tout de l’injustice et que le communisme conduit à la tyrannie d’une minorité, l’increvable social-démocratie a connu trois époques depuis la guerre. D’abord celle de la conquête. Pendant la période de croissance rapide qu’on a appelée les Trente Glorieuses, elle a mis en œuvre l’essentiel des réformes qui faisaient depuis des décennies la trame des revendications ouvrières : protection générale contre les aléas de la vie, régulation du marché du travail, extension des congés payés, droit syndical, pilotage keynésien de l’économie, etc., transformant radicalement la condition salariale dans les pays développés. La crise étant venue, elle se tourna vers des compromis défensifs, destinés à maintenir les acquis de la période précédente et à contenir les effets délétères de la faible croissance et du chômage de masse.
Nous sommes aujourd’hui dans la troisième période, celle de l’adaptation des mêmes institutions sociales à la nouvelle donne de la mondialisation. En Allemagne et en Suède, les deux expériences les plus nettes de ce troisième épisode, les sociaux-démocrates ont redressé leur économie, réformé leur Etat-providence, tout en inventant de nouvelles formes de protection comme la «flexisécurité», qui cherche à concilier droits sociaux et meilleure fluidité du marché de l’emploi. Ils ont dans le même temps réorienté une politique traditionnellement productiviste vers l’impératif de développement durable qui forme désormais le deuxième pilier de leur politique. Même s’ils sont en demi-teinte, les résultats obtenus dans ces deux pays ont de quoi rendre jaloux n’importe quel gouvernement. Quoi qu’en disent ses opposants, François Hollande s’est délibérément inscrit dans cette troisième époque : redressement douloureux de l’économie grâce à une meilleure compétitivité, prise en compte de la contrainte écologique, réformes utiles de l’Etat-providence, comme le compte personnel d’activité, le tiers-payant, l’investissement dans l’éducation ou le retour à la retraite à soixante ans pour les travailleurs ayant commencé leur carrière très tôt. Même si cette politique tarde à porter ses fruits, elle se distingue très clairement de la voie libérale choisie par la grande majorité des nations concurrentes. Elle a surtout maintenu la France dans le groupe des pays les moins inégalitaires du monde.
Pour étayer sa thèse, Weber a constitué un dossier complet, appuyé sur une connaissance intime des mécanismes européens et des politiques menées par nos voisins. Quiconque veut porter un jugement rationnel sur l’expérience menée depuis 2012 et cherche des pistes pour l’avenir du socialisme démocratique doit le lire, qu’il approuve ou non cette politique. Sans cette connaissance, les plaidoyers sonnent faux et les réquisitoires se ramènent à une creuse rhétorique.

Laurent Joffrin - 31 août 2016


Réinventer une gauche 4.0, le voeu d'Henri Weber
Dans Eloge du compromis, Henri Weber imagine une gauche 4.0 qui pourrait apparaître comme une esquisse de programme pour une nouvelle candidature de François Hollande. 

Il est facile de gloser sur la dérive politique de ces trotskistes qui, à force de s'éloigner des idéaux de leur jeunesse, ont poussé l'entrisme jusqu'au cœur du capitalisme financier. Après tout, la politique est dominée par cette force centrifuge qui souvent déporte vers le centre de jeunes extrémistes et cette évolution est sans doute moins due à des raisons psychologiques (l'accusation de "trahison" est un drôle d'anathème) qu'à une adaptation à des conditions concrètes différentes.
En lisant le dernier ouvrage d'Henri Weber, on est frappé par le fait que l'ancien sénateur socialiste assume parfaitement sa jeunesse politique, fondateur de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) au côté d'Alain Krivine et de Daniel Bensaïd. Dès le début, Weber cite Paul Valéry : "Le monde ne vaut que par les extrêmes et ne dure que par les moyens. Il ne vaut que par les ultras et ne dure que par les modérés."
Henri Weber dirige aujourd'hui les études du Parti socialiste et la publication de ce livre pourrait apparaître comme une esquisse de programme pour une nouvelle candidature de François Hollande. On devine d'ailleurs une communauté de pensées entre Eloge du compromis et l'entretien que vient d'accorder le Président à Pierre Nora et Marcel Gauchet dans la revue Le Débat.
De nouveaux compromis à l'ère de la globalisation
Mais en réalité, Weber va plus loin. À une époque où la "nullité du débat politique", à gauche comme à droite, brouille toute perspective historique, Henri Weber replace l'action de la gauche socialiste dans une filiation lointaine du mouvement ouvrier. Il montre qu'après un socialisme utopique et révolutionnaire au XIXe siècle, un socialisme réformiste et parlementaire après le schisme communiste et une gauche gouvernementale et keynésienne à la fin du XXe siècle, un quatrième âge de la gauche socialiste est à inventer dans des conditions historiques parfaitement nouvelles.
«Le voilier doit bien manœuvrer sous le vent et sot est celui qui voit des contradictions dans les manœuvres qui le mènent au but»
Comment imposer de nouveaux compromis à l'ère de la globalisation, avec d'immenses groupes multinationaux qui n'ont plus qu'un rapport lointain avec le cadre national et dans une économie en mutation accélérée (la prochaine étape qu'on nomme déjà NBIC mêlera digital, intelligence artificielle, bio et nanotechnologie et annonce des millions d'emplois détruits)? Comment approfondir le cadre européen, entreprise de très longue haleine, quand la menace terroriste et les réactions populo-nationalistes réclament des réponses de très court terme?
Henri Weber pense que les modèles rhénan et nordique gardent toute leur pertinence pour imaginer une gauche 4.0. Il rappelle que dès 1933, le Premier ministre suédois Per Albin Hansson cherchait à inventer "une politique sociale-démocrate [qui] tente de nous faire bénéficier des immenses forces que recèle l'initiative privée avec simultanément une action étatique et sociale".
Un défaut de lisibilité gouvernementale effrayant
C'est ainsi que Weber tente de tracer la perspective historique d'un quinquennat qui paraît en être totalement dépourvu. Il rappelle les menaces qui pesaient sur la France dans l'euro en 2012 et la nécessité impérieuse de ne pas faire flamber les taux d'intérêt qui interdisait, quoi qu'en ait dit François Hollande, tout bras de fer avec Angela Merkel. Il explique combien il était difficile à la fois de désendetter et de soutenir les entreprises françaises sans appliquer une politique d'austérité massive. La redistribution par une fiscalité alourdie surtout pour les plus favorisés n'a convaincu personne, ni les riches ni les pauvres. Quant au souhait de favoriser le dialogue social, il s'est heurté aux blocages français qui préfèrent la confrontation au compromis. De premiers indicateurs montrent pourtant que tout ne fut pas raté, notamment du côté de la compétitivité des entreprises mais le principal manque, l'emploi sur lequel les électeurs fondent leur jugement.
Weber concède également quelques erreurs politiques. On ajoutera un défaut de lisibilité effrayant, c'est ce dernier aspect qu'en creux, la lecture du livre éclaire le plus cruellement. François Hollande fut certes en butte à une somme invraisemblable de crises de toutes sortes mais l'habileté manœuvrière du Président, hier son principal atout, se révéla son pire ennemi dans la fonction suprême. Henri Weber qui s'y connaît en la matière, cite "son" Trotski : "Le voilier doit bien manœuvrer sous le vent et sot est celui qui voit des contradictions dans les manœuvres qui le mènent au but." Hollande, fils naturel du Vieux, on n'aurait su l'inventer…

Journal du Dimanche


Thierry Pech, directeur de Think Tank terra Nova, recommande le dernier livre d’Henri Weber, dans l’émission de Philippe Meyer, l’Esprit public.
Je veux vous recommander « l’Eloge du compromis » d’Henri Weber, aux Editions Plon.

Henri Weber est un intellectuel en politique, ancien sénateur, ancien député européen, mais aussi Docteur en philosophie et en Sciences Politiques. Il nous donne ici un travail remarquable parce que, il poursuit les travaux qu’il avait déjà entamé sur les formes contemporaines de la social démocratie, en allant un cran plus loin. Il nous dit quoi ? Voilà la social démocratie, elle se définit par les formes de compromis qu’elle recherche. Entre 1945 et 1975 elle a cherché des compromis offensifs, entre 75 et 2000 elle a été contrainte d’imaginer des compromis défensifs et aujourd’hui elle doit trouver des compromis d’adaptation à la mondialisation et à la numérisation et ces compromis ne peuvent se faire que dans le cadre européen. Or l’Europe est en crise et voilà le cœur du drame dans lequel nous nous trouvons. C’est vraiment un livre très éclairant et pour ceux qui seraient tentés de faire des bilans un peu rapides ou excessifs de la période qu’on vient de vivre, ce livre leur donnera également quelques raisons de nuancer leur propos.

L’ESPRIT PUBLIC - Dimanche 11 septembre