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Le document des sociaux-démocrates allemands critiquant «l'étatisme persistant» en France tient compte des spécificités nationales, mais pas toutes. A chacun son socialisme publié dans Libération

A l'heure où nombre d'observateurs français, habituellement mieux inspirés, s'interrogent gravement sur le «tournant libéral» de Lionel Jospin, son «blairisme refoulé», opportunément révélé, lundi 13 septembre, par Claude Sérillon sur France 2, la «commission des valeurs fondamentales» du SPD ­ ça ne s'invente pas! ­ publie un document qui souligne au contraire «l'étatisme persistant et incorrigible des socialistes français!» (1).

Ceux-ci ont décidé, rappellent ses rédacteurs, de créer 700 000 emplois-jeunes, financés à 80% par l'Etat, et d'imposer la semaine de 35 heures par la loi. Ils ont multiplié les mesures de relance de la consommation populaire dans l'espoir de renforcer et de pérenniser la croissance économique, et s'apprêtent à taxer les recours abusifs au travail précaire «au lieu de faire aveuglément confiance à la création d'emplois privés, par allégement des impôts des investisseurs».

Les socialistes français, poursuit ce texte, n'ont toujours pas accepté l'indépendance totale de la Banque centrale européenne par rapport aux autorités politiques de l'Union européenne et militent pour une politique monétaire moins restrictive, prenant en compte l'objectif de l'emploi, «décidée si possible en coopération entre la Banque centrale européenne et le Conseil des ministres de l'Economie et des Finances de l'Union (Ecofin)».

Nos amis allemands auraient pu ajouter encore l'activisme du gouvernement français en faveur d'une réforme en profondeur du système financier et monétaire international, afin de permettre une meilleure régulation de l'économie et une certaine maîtrise de la globalisation.

Cette orientation obstinément étatiste des socialistes français a ses points forts et ses points faibles, conclut le document. Parmi ces derniers, il relève «le danger d'un manque d'innovation face aux défis de l'économie mondialisée»: les effets d'aubaine, improductifs et parasitaires, des subventions étatiques à la création d'emplois ou de l'embauche dans le secteur public; la crise de financement du système de protection sociale, si sa réforme continue d'être différée; la révolte des cotisants et des contribuables pressurés par des prélèvements obligatoires trop lourds.

L'arrogance française ordinaire inciterait à renvoyer le SPD à ses déboires en soulignant que l'étatisme des socialistes français leur réussit finalement assez bien: après tout, la croissance française est aujourd'hui la plus forte d'Europe, 750 000 emplois ont été créés depuis juin 1997, la dépense publique est stabilisée, les services publics sont financés sans que l'endettement public ne s'alourdisse, une première tranche de 40 milliards de francs de diminution d'impôts est programmée, l'Europe monétaire se construit, les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas" Je me garderais bien de sacrifier à pareille outrecuidance, et encore plus d'invoquer les sondages flatteurs dont bénéficie le Premier ministre après vingt-huit mois d'exercice du pouvoir.

Car les critiques énoncées par le document de nos amis du SPD ne manquent pas, en général, de pertinence. Nous nous les faisons souvent en partie à nous-mêmes et essayons d'y remédier.

Le texte du SPD avance d'ailleurs, en même temps que ces critiques, des éléments d'explication. La société française présente quelques spécificités remarquables, reconnaît-il, qui éclairent sans doute l'orientation des socialistes français: la faiblesse des syndicats et des associations; la force de la culture étatico-républicaine; l'ordre institutionnel centralisé; la coalition gouvernementale avec les communistes et les Verts" la popularité, aussi, chez les électeurs, de «l'idée de diriger l'économie de façon politique et selon des critères sociaux», que la droite non plus ne dédaigne pas toujours d'exploiter" Les socialistes français savent bien que dans une société moderne les réformes devraient se faire de préférence par la négociation contractuelle plutôt que par la loi. Elles seraient ainsi à la fois plus pertinentes et mieux acceptées. Mais ils ne peuvent pas faire comme si la France était dotée de syndicats de salariés et d'employeurs puissants et animés par une culture du compromis comme ceux qui existent en Allemagne et en Europe du Nord.

C'est la faiblesse des partenaires sociaux dans notre pays, notamment dans le secteur privé, qui contraint les socialistes français à légiférer. Encore le font-ils avec le souci constant de ne pas court-circuiter les partenaires sociaux, mais au contraire de les mobiliser, comme on l'a vu avec la démarche retenue pour les 35 heures. La loi de 1997 sur l'aménagement et la réduction du temps de travail incite à enclencher un processus de négociation dans les branches et les entreprises qui, sans elle, ne se serait pas produit. La loi de 1999 s'inspire des 15 000 accords conclus et des milliers de négociations en cours.

Les emplois-jeunes, comme les 35 heures, participent d'une stratégie de rétablissement de la confiance des Français dans l'avenir, sans laquelle il n'y avait pas de retour à une croissance forte et durable possible. L'économie, c'est aussi de la psychologie collective. Si «effets d'aubaine» il y a, ils seront plus que compensés par la vigueur de la croissance retrouvée.

La réforme de notre Etat protecteur, mais aussi celle de notre Etat régalien, est programmée et constituera sans doute l'un des grands chantiers de la prochaine décennie. Elle apportera d'importantes novations à notre système de protection sociale et de retraite. Mais elle préservera toutefois cet acquis fondamental de la social-démocratie et de la civilisation qu'est la garantie de tous les citoyens contre les risques sociaux.

La révolte des contribuables et des cotisants sera prévenue par la réduction des prélèvements obligatoires à laquelle s'est clairement engagé le gouvernement, ce qui ne va pas sans une rationalisation de la dépense publique.

Quant à l'innovation, elle est et elle sera encore davantage encouragée par tout un ensemble de mesures présentées dès août 1997 par le Premier ministre devant l'université de la communication à Hourtin: constitution de fonds de capital-risque et de capital d'amorçage; développement de technopôles, simplifications administratives de la création d'entreprise; incitation des chercheurs à créer leur PME de haute technologie ou à intégrer les laboratoires des grandes firmes" La démarche du SPD est exemplaire en ce qu'elle n'essaie pas de «vendre» un nouveau modèle social-démocrate aux partis frères européens comme une nouvelle panacée mais qu'elle s'efforce, au contraire, d'étudier et de comparer les «nouvelle voies» qu'élaborent peu à peu des partis aussi différents que les partis socialistes hollandais, britannique, allemand et français, et d'en tirer des enseignements pour tout le monde.

En distinguant, dans chaque cas, ce qui relève de la spécificité des situations nationales et ce qui relève des divergences d'orientation.

Cette démarche augure bien de ce que sera le débat préparatoire au congrès de l'Internationale socialiste, convoqué en novembre 1999 à Paris, et de ce que sera le débat à ce congrès lui-même.

Henri Weber est secrétaire national du PS et sénateur de la Seine-Maritime.

(1) Libération du 16 septembre: «Le PS de Jospin sous l'oeil du SPD allemand».
Henri Weber