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Nouveau terrorisme: une double radicalisation

Analysant la montée du terrorisme djihadiste, Olivier Roy s’est taillé un franc succès en ciselant cette sentence, au phrasé jeune-marxien: « Ce n’est pas l’islam qui se radicalise, c’est la radicalité qui s’islamise ». Il voulait dire par là qu’une fraction très minoritaire, mais significative, de la jeunesse, s’appropriait aujourd’hui les versions les plus radicales de l’islam – le salafisme, le wahabisme, le djihadisme... – pour exprimer sa rupture avec l’ordre existant, comme en 1968-1975 une fraction beaucoup plus large des baby-boomers s’était emparé des versions les plus radicales du marxisme – maoïsme, trotskysme, castrisme ... – pour donner une expression idéologique et politique à son désir d’en découdre avec la société bourgeoise et le « monde adultéré des adultes ».
Parmi les 8250 individus radicalisés recensés en France, on trouve des jeunes exclus des « cités sensibles », d’origine musulmane, comme des adolescents convertis, issus des classes moyennes, en quête d’absolu et d’idéal. L’immense majorité des musulmans, souligne Olivier Roy avec raison, rejette ces dérives intégristes, et encore plus, le projet politique agressif du Nouveau Califat qu’elles inspirent (selon une enquête IPSOS –JDD rendue publique le 31 janvier 2016, 77% des musulmans interrogés « ne comprennent pas les départs en Syrie et y sont opposés ». Mais 10%, tout de même, « ne sont pas opposés à ces départs et considèrent que c’est un choix »...). Les familles craignent par dessus tout que leurs enfants partent au Moyen-Orient, vivre la « vraie vie », intense, héroïque, généreuse, saturée de sens, en tout point opposée à la morne existence que leur réserve la société des mécréants.
Olivier Roy n’a qu’à moitié raison. La radicalité s’islamise mais l’islam aussi se radicalise. On assiste depuis des années à la montée des fondamentalismes musulmans, champions d’un retour à l’islam littéral, en réaction à la menace que fait peser la modernisation sur les sociétés musulmanes traditionnelles. C’est la conjonction de ces deux radicalisations qui fait l’originalité du nouveau terrorisme djihadiste et le rend si redoutable. Circonstance aggravante, et elle aussi durable, cette articulation s’opère alors que l’immigration a changé d’échelle et de nature. Un million de réfugiés de guerre sont arrivés dans la seule Allemagne en 2015, 165 000 en Suède ce qui, rapporté à la population, est équivalent. Deux des assassins du Bataclan sont passés par ces flux migratoires.
Les démocraties européennes ont déjà été confrontées à d’autres mouvements terroristes : celui des Brigades rouges, en Italie, par exemple, dans les années 1970-1980, les «années de plomb » : 1500 attentats, 500 morts, des milliers de blessés, nous rappelle Marc Lazar.
En ce temps-là, la radicalité juvénile se « marxisait », elle s’incarnait dans les versions les plus dures du communisme révolutionnaire, celles du « grand Timonier » ou du « Prophète armé ». Mais le mouvement communiste entamait sa lente décomposition, et ni Pékin, ni Moscou ne souhaitaient instrumentaliser le gauchisme pour subvertir les démocraties occidentales, comme l’Internationale Communiste avait tenté de le faire dans les années 20 et 30 du siècle dernier. Dans un autre registre, nos démocraties ont dû affronter le terrorisme séparatiste de l’ETA en Espagne, de l’IRA en Grande-Bretagne, des « Blacks Panthers » aux Etats-Unis. Mais ces mouvements étaient essentiellement nationaux, sans base arrière ni centre d’impulsion international.
Le djihadisme islamiste est au contraire un mouvement international : par son idéologie : l’affirmation d’un islam radical et conquérant ; par son objectif : rétablir un nouveau Califat régi par la charia, sur les ruines des Etats artificiels nés des accords Sykes-Picot de 1916 ; par sa stratégie : provoquer la désagrégation des sociétés occidentales en suscitant par la terreur des affrontements intercommunautaires, débouchant sur la guerre civile ; par son organisation enfin : une base territoriale à vocation étatique, de préférence gorgée de pétrole, pour accueillir, former et missionner les combattants volontaires venus du monde entier.
La lutte contre ce nouveau terrorisme sera dure et longue. Beaucoup d’attentats ont été déjoués en France, mais ils ne le seront pas tous. D’autres se produisent, quasiment quotidiennement dans le monde, relayés en boucle par les médias et les réseaux sociaux. C’est parce qu’ils savent que nous allons devoir vivre avec ce fléau que François Hollande et Manuel Valls font l’impossible pour forger l’Union nationale contre le djihadisme. La stratégie de Daech engendre un climat de peur, de colère, de haine, au sein de la population. Elle nourrit une demande d’autorité, d’ordre, de fermeté, à laquelle notre Etat doit répondre s’il veut conserver le « monopole de la violence légitime ». S’il n’y parvient pas, se généralisera le syndrome d’Ajaccio : une partie des citoyens s’adonnera aux représailles, ce qui est précisément le but recherché par les terroristes. Jusqu’à présent, et malgré le caractère abominable des massacres du 13 novembre, les Français, même d’extrême droite, se sont à peu près abstenus de commettre des ratonnades, expéditions punitives, dégradations de mosquées, incendies de foyers de migrants, comme cela est advenu dans des pays voisins. La manifestation de « Pegida France » a réuni cent personnes à Calais. Nos concitoyens s’en sont remis à l’Etat pour assurer l’ordre républicain parce que François Hollande, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Jean-Yves Le Drian ont su trouver les mots et prendre les mesures nécessaires. Celles-ci ont été jugées insuffisantes par l’opposition de droite, excessives et liberticides par celle de gauche. Mais elles ont été appréciées par la population. Elles doivent être amplifiées et complétées, dans le respect du droit et des libertés démocratiques. Il n’y a pas eu, et il n’y aura pas de « Patriot Act » français.
Au-delà de sa dimension policière, judiciaire, militaire, « la guerre asymétrique » contre Daech se gagnera fondamentalement sur les terrains politique, économique, social et culturel... Son issue dépend de notre aptitude à intégrer les Français venus de l’immigration, ceux de la première, deuxième et troisième génération ; et à donner à nouveau un idéal mobilisateur à notre jeunesse.
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